Fixation de panneau solaire sur fermette : méthodes et précautions

L’installation de panneaux solaires photovoltaïques sur une charpente de type fermette représente un défi technique majeur dans le secteur de la rénovation énergétique. Contrairement aux charpentes traditionnelles massives, les fermettes industrielles présentent une structure légère et optimisée, conçue initialement pour supporter uniquement le poids de la couverture et les charges climatiques réglementaires. L’ajout de panneaux photovoltaïques, qui pèsent généralement entre 15 et 20 kg par mètre carré, nécessite une analyse structurelle approfondie et des techniques de fixation spécifiquement adaptées. Cette problématique concerne aujourd’hui des milliers de propriétaires souhaitant valoriser leur toiture pour produire de l’électricité verte, tout en garantissant la sécurité et la pérennité de leur installation.

Analyse structurelle des fermettes pour l’installation photovoltaïque

Avant toute intervention sur une charpente en fermettes, une évaluation rigoureuse de la capacité portante s’impose. Cette étape préalable conditionne non seulement la faisabilité technique du projet, mais aussi sa conformité aux normes de sécurité et aux exigences des compagnies d’assurance. Les fermettes industrielles, généralement fabriquées avec des sections de bois réduites assemblées par des connecteurs métalliques à dents, possèdent des marges de charge limitées qu’il convient de respecter scrupuleusement.

Calcul de la capacité portante des fermettes industrielles en W

Les fermettes en forme de W, les plus répandues dans la construction résidentielle depuis les années 1970, présentent une configuration spécifique qui influence directement leur capacité à recevoir des panneaux solaires. Un calcul précis doit intégrer plusieurs paramètres : la portée de la fermette, l’espacement entre les éléments, la section des bois utilisés (généralement du 36×100 mm ou 45×120 mm), et la nature des assemblages. En moyenne, une fermette standard peut supporter entre 50 et 100 kg supplémentaires par mètre linéaire, selon sa conception initiale. Cependant, cette valeur théorique doit être vérifiée par un bureau d’études structure, car chaque configuration présente ses particularités. Les fermettes conçues il y a plusieurs décennies respectaient souvent des normes moins contraignantes que les réglementations actuelles, ce qui peut limiter leurs possibilités de surcharge.

Évaluation de l’espacement entre pannes et chevrons

L’espacement entre les éléments structurels détermine directement les points d’ancrage disponibles pour la fixation des rails de support des panneaux photovoltaïques. Dans une configuration standard, les fermettes sont généralement espacées de 60 cm à 90 cm, avec des pannes intermédiaires qui varient selon la conception. Cet espacement influence le choix du système de fixation et peut nécessiter l’ajout de renforts transversaux pour garantir une répartition homogène des charges. Une inspection visuelle minutieuse permet d’identifier les zones où les fixations pourront être ancrées sans affaiblir la structure. Il convient également de repérer les zones de contreventement existantes, qui jouent un rôle essentiel dans la stabilité globale de la charpente et ne doivent pas être compromises lors de l’installation.

Détection des zones de compression et traction dans la charpente

Comprendre le comportement mécanique d’une fermette est essentiel pour déterminer où et comment fixer les supports de panneaux solaires. Les arbalétriers (pièces obliques

arbalétriers) travaillent principalement en compression, tandis que l’entrait (pièce horizontale basse) reprend les efforts de traction générés par le poids de la toiture et les charges de neige ou de vent.

Lorsqu’on ajoute une charge permanente comme des panneaux photovoltaïques, ces équilibres d’efforts se modifient. Il est donc crucial de positionner les points de fixation de manière à reprendre les charges sur les zones les plus sollicitées en compression, et à éviter de fragiliser les zones déjà en traction. Concrètement, on privilégiera des ancrages au droit des arbalétriers, là où le bois travaille naturellement en compression, plutôt qu’au milieu des diagonales intérieures plus fines. Une analyse par modélisation (type logiciel de calcul de charpente) permet de visualiser les zones de contraintes maximales et d’adapter le plan de pose des rails solaires en conséquence.

Une attention particulière doit être portée aux assemblages cloués ou aux connecteurs métalliques à plaques dentées, qui concentrent souvent des efforts importants. Percer ou fragiliser ces zones pour y fixer des systèmes de rails serait une erreur structurelle. Là encore, le dimensionnement d’une installation photovoltaïque sur fermette doit s’appuyer sur une étude de charge globale, incluant non seulement le poids propre de l’installation, mais aussi les surcharges climatiques et les éventuels effets de vent de succion sur les panneaux.

Vérification de la conformité aux normes NV 65 et eurocode 1

La fixation de panneaux solaires sur une fermette ne peut se concevoir sans référence aux normes en vigueur. Historiquement, les charpentes légères industrielles ont été dimensionnées selon les règles NV 65, qui définissaient les charges de neige et de vent en fonction des régions et de l’altitude. Aujourd’hui, ces règles ont été remplacées par l’Eurocode 1 (EN 1991), plus précis et plus exigeant. Lorsqu’on évalue la possibilité de surcharger une charpente existante, il est donc indispensable de vérifier à quel référentiel elle se rapporte.

En pratique, cela signifie qu’une fermette conçue selon les NV 65 pourra parfois présenter des marges de sécurité plus limitées au regard des exigences actuelles. L’étude structurelle devra comparer les charges combinées (toiture + panneaux solaires + neige + vent) aux valeurs admissibles définies par l’Eurocode 1, en intégrant les coefficients de sécurité appropriés. Si la marge de sécurité est insuffisante, un renforcement structurel devra être prévu avant toute installation de panneaux photovoltaïques.

Les compagnies d’assurance se montrent de plus en plus attentives à ces aspects réglementaires. En cas de sinistre (affaissement de toiture, infiltration majeure, arrachement partiel sous vent fort), elles peuvent exiger la preuve que l’installation respectait bien les règles de l’art et les normes en vigueur au moment des travaux. C’est pourquoi il est recommandé de conserver les rapports de calcul du bureau d’études, les fiches techniques des systèmes de fixation, ainsi que les attestations de conformité fournies par l’installateur certifié RGE.

Systèmes de fixation adaptés aux toitures en fermettes

Une fois la capacité portante de la charpente vérifiée, se pose la question du choix des systèmes de fixation pour panneaux solaires. Sur une toiture en fermettes, l’objectif est double : assurer une répartition homogène des charges sur la structure et garantir une étanchéité parfaite de la couverture. Les fabricants ont développé des gammes spécifiques pour les toitures en tuiles mécaniques, tuiles plates, ardoises ou bacs acier, en prenant en compte les contraintes propres aux charpentes légères.

Plutôt que d’improviser avec des fixations génériques, il est préférable d’opter pour des systèmes complets et éprouvés, associant crochets, rails aluminium, brides et visserie inox. Ces solutions ont été testées en laboratoire pour résister aux efforts de vent et de neige, et leur mise en œuvre est documentée par des notices détaillées. Pour un particulier, c’est la garantie de disposer d’un support de panneaux solaires conforme aux règles de l’art, avec une traçabilité claire en cas de contrôle ou de sinistre.

Crochets de toiture esdec et K2 systems pour tuiles mécaniques

Sur une toiture en tuiles mécaniques posée sur fermettes, les crochets de fixation constituent l’interface critique entre la charpente et le système photovoltaïque. Des fabricants comme Esdec (gamme ClickFit Evo) et K2 Systems ont développé des crochets spécifiques, capables de s’adapter aux reliefs des tuiles mécaniques tout en limitant les contraintes sur les liteaux et les chevrons. Ces crochets se fixent soit directement sur la fermette, soit sur un renfort bois ajouté au droit de la tuile soulevée.

Le système ClickFit Evo d’Esdec, par exemple, utilise des crochets qui viennent prendre en étau le liteau et la tuile, évitant ainsi de devoir localiser précisément chaque chevron. Cette approche s’avère particulièrement intéressante sur des charpentes en fermettes où les sections de bois sont réduites et où l’on souhaite limiter le nombre de perçages. De son côté, le CrossHook 4S de K2 Systems est conçu pour une fixation directe sur chevrons, offrant une grande rigidité, mais nécessitant parfois un renforcement local des fermettes pour répartir les charges.

Pour vous, l’enjeu est d’opter pour un système de fixation compatible à la fois avec votre type de tuile et avec la configuration de votre charpente. Une étude préalable permettra de déterminer si les crochets peuvent se reprendre sur les liteaux existants, ou s’il est nécessaire d’ajouter des planches de renfort sous les rangées de tuiles concernées. Dans tous les cas, les crochets doivent être dimensionnés pour résister aux efforts de soulèvement liés au vent, qui peuvent être significatifs sur les toitures exposées.

Systèmes de rails aluminium renusol et schletter

Les rails en aluminium constituent l’ossature secondaire sur laquelle viennent se fixer les panneaux solaires. Des marques comme Renusol et Schletter proposent des profils légers mais très résistants, spécialement conçus pour la surimposition sur toitures en tuiles ou en bac acier. Ces rails sont généralement anodisés pour résister à la corrosion, et ils se déclinent en différentes hauteurs afin de compenser d’éventuelles irrégularités de la couverture.

Sur une charpente en fermettes, la disposition des rails doit être pensée comme un véritable travail de charpente secondaire : on cherche à aligner les rails de manière à ce qu’ils reportent les charges ponctuelles des brides de panneaux vers les points d’ancrage sur les crochets. Plus les portées entre crochets sont grandes, plus les rails doivent être dimensionnés avec soin pour limiter la flèche et les vibrations. Renusol et Schletter fournissent à cet effet des abaques de dimensionnement permettant de choisir le bon profil en fonction de l’entraxe des supports et des charges calculées selon l’Eurocode 1.

Dans la pratique, on dispose les rails perpendiculairement aux fermettes, avec un entraxe adapté au format des modules photovoltaïques (généralement autour de 1 m à 1,50 m). Les brides de fixation viennent ensuite serrer les cadres des panneaux sur ces rails, en respectant les zones de serrage recommandées par les fabricants de modules. Pour un particulier, l’intérêt de ces systèmes est de bénéficier d’une solution modulaire, évolutive, qui permet éventuellement d’ajouter des panneaux ultérieurement sans remettre en cause toute la structure.

Fixations universelles van der valk solar systems

Pour des configurations plus complexes, ou lorsque la toiture présente des particularités (tuiles mixtes, zones partiellement en bac acier, débords importants), les systèmes de fixation universels comme ceux proposés par Van der Valk Solar Systems offrent une grande flexibilité. Ces kits sont conçus pour s’adapter à de nombreux types de couvertures et de charpentes, grâce à des brides réglables, des équerres multi-positions et des rails compatibles avec différents types de crochets.

Sur une fermette, ces solutions universelles permettent, par exemple, de compenser un défaut d’alignement des fermes, ou de contourner des obstacles comme des cheminées, des châssis de toit ou des sorties de ventilation. L’installateur peut alors ajuster précisément la position des rails et des panneaux, tout en maintenant une répartition équilibrée des efforts sur la charpente. C’est un peu l’équivalent d’un jeu de construction technique pour la toiture : les pièces s’assemblent et se combinent selon les besoins du chantier.

Il convient toutefois de rester vigilant : qui dit système universel ne signifie pas absence de règles. Les notices de Van der Valk Solar Systems définissent des limites claires en termes de portées maximales, de charges admissibles et de configurations autorisées. Avant de valider une solution, l’installateur doit vérifier que la combinaison choisie (type de rail, type de crochet, entraxe, charges de vent et de neige) reste dans le cadre d’utilisation préconisé par le fabricant.

Bacs acier et fixations étanches würth pour toitures métalliques

De nombreuses maisons équipées de charpentes en fermettes ont été couvertes en bac acier, notamment dans les zones rurales ou sur des extensions et garages. Dans ce cas, la fixation des panneaux solaires se fait directement sur la tôle nervurée, à l’aide de vis auto-perceuses et de systèmes d’étriers ou de brides spécifiques. Würth propose ainsi des solutions complètes pour la fixation sur bac acier, incluant des vis à double filetage avec rondelles d’étanchéité, des brides de crête et des profilés adaptés aux ondes trapézoïdales.

Sur une charpente légère, l’intérêt de ces fixations est de limiter le nombre de perçages dans le bois. Les efforts sont repris principalement par la tôle et les pannes métalliques ou bois situées en dessous. Toutefois, chaque point de fixation représente un potentiel point d’entrée pour l’eau : il est donc indispensable d’utiliser des rondelles d’étanchéité en EPDM de qualité, et de respecter les couples de serrage préconisés pour éviter d’écraser le joint.

Lorsque vous envisagez une installation photovoltaïque sur bac acier et fermette, posez-vous une question clé : la couverture est-elle suffisamment récente et en bon état pour supporter une telle intervention ? Si la tôle présente déjà des signes de corrosion, de déformation ou de micro-fissures de peinture, il peut être plus judicieux de prévoir une réfection partielle ou un remplacement avant d’installer les panneaux, afin d’éviter d’avoir à démonter l’installation quelques années plus tard pour intervenir sur la toiture.

Techniques de perçage et d’ancrage dans les fermettes bois

La façon dont les fixations sont ancrées dans le bois des fermettes conditionne directement la durabilité et la sécurité de l’installation photovoltaïque. Percer au mauvais endroit, utiliser des vis sous-dimensionnées ou négliger la qualité de l’assemblage peut conduire à des jeux progressifs, voire à des arrachements sous l’effet des rafales de vent. C’est pourquoi les techniques de perçage et d’ancrage doivent être adaptées aux sections de bois réduites et aux assemblages spécifiques des fermettes industrielles.

On peut comparer la fermette à un squelette finement optimisé : chaque perçage supplémentaire est comme un petit « trou » dans un os, tolérable s’il est bien positionné, mais potentiellement dangereux s’il se trouve dans une zone déjà fragilisée. L’objectif est donc de multiplier les points d’ancrage de faible diamètre, plutôt que de concentrer les efforts sur quelques fixations trop massives.

Utilisation de tire-fonds inox A4 et vis autoperceuses

Pour la fixation des crochets et des sabots sur les fermettes bois, les tire-fonds en inox A4 sont souvent privilégiés. Ils offrent une excellente résistance mécanique et une tenue durable face aux agressions extérieures (humidité, condensation, atmosphère saline en zone côtière). Leur diamètre et leur longueur doivent être choisis en fonction de l’épaisseur du bois traversé et des charges à reprendre : un diamètre de 6 à 8 mm et une longueur de 80 à 120 mm sont courants pour des fermettes de section 36×100 mm ou 45×120 mm.

La pose de ces tire-fonds nécessite un pré-perçage soigné, avec un diamètre légèrement inférieur à celui de la vis, afin d’éviter l’éclatement du bois. On veillera également à respecter une distance minimale entre le bord de la pièce de bois et le point de perçage (généralement au moins 5 fois le diamètre de la vis) pour éviter les fissures longitudinales. Les vis autoperceuses peuvent être utilisées dans certains cas, notamment pour la fixation à travers des pièces métalliques ou des tôles, mais leur emploi dans le bois massif doit rester maîtrisé.

Pour des installations en zone fortement exposée au vent, il peut être pertinent de doubler certains points de fixation, ou d’ajouter des tire-fonds supplémentaires aux endroits stratégiques. Là encore, le bureau d’études structure pourra préciser le nombre minimal de fixations à prévoir par crochet ou par rail, en fonction des efforts calculés. Vous l’aurez compris : mieux vaut quelques tire-fonds de plus que quelques regrets après une tempête.

Pose de sabots métalliques renforcés simpson Strong-Tie

Lorsque les fermettes existantes ne présentent pas de zone d’appui suffisante pour les crochets ou les rails, la pose de sabots métalliques renforcés (type Simpson Strong-Tie) permet de créer de nouveaux points d’ancrage fiables. Ces sabots viennent ceinturer les pièces de bois et répartir les efforts sur une surface plus importante, réduisant ainsi les risques de fissuration ou d’arrachement.

Concrètement, on fixe d’abord le sabot sur la fermette à l’aide de pointes annelées ou de vis structurelles, en respectant le schéma de clouage préconisé par le fabricant. On vient ensuite y insérer une pièce de renfort (bastaing ou planche de section adaptée) qui servira de support direct pour les crochets de toiture ou les rails. C’est un peu comme ajouter une « cote de maille » métallique à votre charpente : on la rend moins sensible aux efforts ponctuels et mieux armée pour encaisser les charges supplémentaires.

Les gammes Simpson Strong-Tie proposent des sabots spécifiques pour les fermettes, avec des ailes plus courtes et des perçages optimisés. Il est essentiel de choisir des modèles galvanisés à chaud ou protégés contre la corrosion, compte tenu du risque de condensation dans les combles. Une mauvaise qualité de galvanisation peut en effet conduire à une corrosion prématurée, affaiblissant la fixation au fil des années.

Intégration de chevêtres pour contournement des assemblages cloués

Les assemblages cloués ou les plaques métalliques à dents des fermettes constituent des zones sensibles, qu’il est fortement déconseillé de percer ou de solliciter directement. Pour contourner ces points sans compromettre la stabilité globale, il est possible d’intégrer des chevêtres : il s’agit de cadres de renfort horizontaux et verticaux, constitués de pièces de bois ajoutées entre deux fermettes voisines.

Par exemple, si un crochet de fixation tombe exactement au droit d’un assemblage cloué, l’installateur peut créer un chevêtre en reliant cette fermette à la suivante à l’aide de deux traverses horizontales fixées par sabots et vis structurelles. Le crochet sera alors repris sur ce chevêtre, et les efforts seront répartis sur deux fermettes au lieu d’une seule. Cette technique, bien connue en rénovation de toiture (pour la création de fenêtres de toit notamment), s’adapte très bien à la fixation de supports photovoltaïques.

La mise en place de chevêtres doit toutefois respecter certaines règles : les sections de bois utilisées doivent être au moins équivalentes à celles des fermettes existantes, les fixations doivent être dimensionnées pour reprendre les efforts de cisaillement et de traction, et l’ensemble doit être validé par le bureau d’études. Pour vous, c’est la garantie d’une installation qui s’intègre harmonieusement à la charpente, sans l’affaiblir.

Étanchéité et prévention des infiltrations d’eau

Installer des panneaux solaires sur une fermette revient à multiplier les points de pénétration de la couverture : crochets, tire-fonds, rails, passe-câbles… Autant d’opportunités pour l’eau de s’infiltrer si l’étanchéité n’est pas parfaitement maîtrisée. Or, une infiltration lente et invisible dans l’isolant ou les bois de la charpente peut, à terme, générer des moisissures, une perte de performance thermique et même une pourriture structurelle.

La prévention des infiltrations repose sur une combinaison de solutions : membranes, solins, joints, bavettes, mais aussi une mise en œuvre soignée et conforme aux DTU de couverture (notamment les DTU 40.21, 40.23, 40.24 selon le type de tuiles ou de bac acier). On considère souvent que 50 % de la réussite d’une installation photovoltaïque en toiture tient à la qualité de l’étanchéité, bien plus qu’au choix des panneaux eux-mêmes.

Mise en œuvre de membranes EPDM et solin en plomb

Les membranes EPDM, largement utilisées en toiture plate, trouvent également leur place en complément d’une couverture en tuiles ou en bac acier lorsqu’il s’agit de protéger des points singuliers. Sous les rails et au droit des pénétrations, une bande de membrane EPDM peut être posée sur le support, puis recouverte par les éléments de fixation. Cette membrane agit comme une barrière supplémentaire contre l’eau, en particulier en cas de remontée capillaire ou de ruissellement prolongé.

Les solins en plomb, quant à eux, sont traditionnellement employés pour l’étanchéité autour des cheminées, lucarnes et sorties de toit. Dans le cadre d’une installation photovoltaïque, ils peuvent être utilisés pour réaliser des raccords parfaitement étanches entre la couverture et des éléments émergents (boîtes de dérivation, gaines électriques, supports spécifiques). Leur malléabilité permet d’épouser finement le relief des tuiles ou des ardoises, garantissant une excellente tenue dans le temps.

Lorsqu’on fixe des panneaux solaires sur une fermette, l’installateur doit donc réfléchir à la manière d’intégrer ces membranes et solins au schéma global d’étanchéité. Il ne s’agit pas seulement de « boucher des trous », mais de concevoir un cheminement de l’eau cohérent, qui conduise naturellement les eaux pluviales vers les gouttières sans créer de zones de stagnation ou de turbulence.

Application de joints butyl et mousse expansive sous crochets

Les joints butyl constituent une solution simple et efficace pour assurer l’étanchéité locale autour des crochets et des vis traversant la couverture. Sous chaque platine de crochet, on applique une bande de butyle qui se comprime lors du serrage, comblant les irrégularités de surface et créant un joint durable. Ce type de joint reste souple dans le temps, supporte bien les variations de température et adhère sur la plupart des matériaux de toiture (tuiles, ardoises, tôles).

La mousse expansive peut également être utilisée, avec parcimonie, pour calfeutrer certains interstices sous les tuiles ou autour des pénétrations, notamment lorsque la couverture présente des jeux importants. Toutefois, elle ne doit jamais se substituer aux systèmes d’étanchéité prévus par les fabricants de fixations de panneaux solaires. Pensez à la mousse comme à un « complément » de confort, et non comme à la solution principale : elle améliore la protection contre les courants d’air et les petites projections d’eau, mais ne remplace ni un joint butyl correctement posé, ni une membrane EPDM.

Un bon réflexe pour vous, en tant que propriétaire, est de demander à l’installateur quels types de joints et de produits d’étanchéité il prévoit d’utiliser, et de vérifier qu’ils sont compatibles avec votre type de couverture. Les fiches techniques de ces produits indiquent généralement leur durabilité, leur résistance aux UV et leur champ d’application.

Système de bavettes aluminium laquées pour évacuation pluviale

Au-delà des points de fixation eux-mêmes, la présence de panneaux solaires modifie le comportement de l’eau sur la toiture. Les modules créent des zones d’ombre et des ruptures de pente qui peuvent favoriser l’accumulation de feuilles, de mousses ou de neige. Pour éviter que l’eau ne remonte sous les tuiles ou ne stagne contre les rails, l’utilisation de bavettes en aluminium laqué est fortement recommandée.

Ces bavettes, positionnées en partie haute et basse des champs de panneaux, guident l’eau de pluie et la neige fondue vers les zones de ruissellement prévues par la conception initiale de la toiture. Elles jouent un rôle de « déflecteur », empêchant l’eau de s’infiltrer dans les interstices créés par les supports. L’aluminium laqué offre une bonne résistance à la corrosion et peut être choisi dans une teinte proche de celle de la couverture, pour un rendu discret.

Sur une charpente en fermettes, où la sous-toiture et l’isolation sont souvent directement au contact de la couverture, ces bavettes apportent une sécurité supplémentaire. Elles limitent aussi les risques de bruits d’égouttement ou de ruissellement anormal sous les panneaux, un point souvent négligé mais qui peut devenir gênant au quotidien, surtout dans les combles aménagés.

Renforcement structurel des fermettes existantes

Que faire si l’étude structurelle conclut que votre charpente en fermettes est insuffisamment dimensionnée pour supporter l’installation photovoltaïque envisagée ? Faut-il renoncer à votre projet solaire ? Heureusement, pas nécessairement. Dans de nombreux cas, des solutions de renforcement ciblées permettent d’augmenter la capacité portante de la charpente à un coût raisonnable, sans avoir à la remplacer entièrement.

Ces renforcements consistent généralement à ajouter des éléments de contreventement, à améliorer les assemblages existants ou à doubler certaines pièces structurelles. On peut comparer cela à une rééducation musculaire pour un athlète : on vient soutenir les zones faibles, renforcer les appuis et améliorer la capacité à encaisser les efforts. L’essentiel est de concevoir ces interventions de manière cohérente, en s’appuyant sur les recommandations d’un bureau d’études et sur des produits certifiés.

Ajout de contreventements diagonaux en bastaings traités classe 2

Les contreventements diagonaux ont pour rôle d’empêcher la charpente de se déformer sous l’effet des efforts horizontaux (vent, mouvements différentiels). Dans une fermette, ces contreventements sont parfois minimaux, surtout dans les constructions anciennes. L’ajout de bastaings diagonaux traités classe 2 (adaptés à un usage en milieu humide non exposé directement aux intempéries) permet de rigidifier considérablement l’ensemble.

Ces bastaings sont fixés entre la panne faîtière, les arbalétriers et l’entrait, formant des triangles rigides qui s’opposent aux déformations. En présence d’une installation de panneaux solaires qui augmente la prise au vent de la toiture, ce renforcement est particulièrement pertinent. Il limite les mouvements de pompage de la couverture et réduit les contraintes alternées sur les fixations et les plaques dentées des fermettes.

Pour vous, ce type de renforcement se traduit par une toiture plus stable, moins sujette aux craquements ou aux déformations visibles (tuiles qui se décalent, faîtage qui ondule). Il est important de veiller à ce que les bastaings utilisés soient traités contre les insectes xylophages et les champignons, conformément aux exigences des DTU et aux recommandations du fabricant.

Pose de connecteurs métalliques type gousset galvanisé

Les goussets métalliques galvanisés sont des plaques perforées qui se fixent par clouage ou vissage sur les assemblages bois-bois, afin d’en augmenter la résistance. Sur des fermettes anciennes, les assemblages d’origine (clous simples, petites équerres, plaques dentées de première génération) peuvent présenter des signes de fatigue : léger jeu, corrosion, bois fissuré autour des connecteurs.

La pose de goussets supplémentaires, de part et d’autre des assemblages stratégiques (liaison arbalétrier-entrait, arbalétrier-entraits retroussés, diagonales intermédiaires) permet de reprendre une partie des efforts et de sécuriser l’ensemble. C’est un peu comme ajouter des « renforts de genouillère » à une charpente : on vient soutenir les articulations les plus sollicitées.

Les fabricants de connecteurs proposent des goussets de différentes tailles et épaisseurs, avec des schémas de clouage optimisés. Il est crucial de respecter ces schémas : un gousset sous-cloué ne reprendra pas les efforts prévus, tandis qu’un clouage excessif peut fragiliser le bois. Là encore, le bureau d’études structure indiquera les zones à renforcer en priorité et le type de connecteur à utiliser.

Doublage des arbalétriers par collage-boulonnage

Lorsque les calculs montrent que les arbalétriers (les « jambes » inclinées de la fermette) sont trop sollicités par la surcharge liée aux panneaux photovoltaïques, une solution consiste à les doubler. Le doublage par collage-boulonnage consiste à venir appliquer, de part et d’autre de l’arbalétrier existant, une ou deux planches de même section ou de section supérieure, collées à la colle structurelle et maintenues par des boulons traversants.

Ce procédé augmente significativement la section portante de l’arbalétrier et améliore sa rigidité. La colle permet d’assurer une bonne solidarité entre les pièces, tandis que les boulons garantissent un maintien mécanique durable. On veille à disposer les boulons en quinconce, avec des rondelles larges pour répartir la pression sur le bois et éviter les écrasements locaux.

Sur le plan pratique, ce type de renforcement nécessite un accès correct aux combles et un savoir-faire spécifique. Mais il peut transformer une charpente jugée limite en une structure parfaitement apte à recevoir une installation photovoltaïque de plusieurs kilowatts-crête. Pour vous, cela représente un investissement supplémentaire, mais qui sécurise à la fois votre toiture et votre projet solaire sur le long terme.

Conformité réglementaire et assurances pour installation sur fermettes

Au-delà des aspects purement techniques, la fixation de panneaux solaires sur une fermette doit s’inscrire dans un cadre réglementaire précis. Urbanisme, normes électriques, obligations d’assurance : autant de paramètres à anticiper pour éviter les mauvaises surprises. Vous vous demandez peut-être : « Quelles démarches dois-je entreprendre avant de signer avec un installateur ? » La réponse tient en plusieurs points clés.

D’abord, toute installation photovoltaïque en toiture nécessite au minimum une déclaration préalable en mairie, voire un permis de construire dans certains cas (bâtiments classés, zones protégées, forte puissance). Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) peut imposer des contraintes sur l’aspect visuel, l’orientation ou le type de panneaux autorisés. Il est donc indispensable de consulter ces documents et, si besoin, de solliciter l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France.

Ensuite, la partie électrique de l’installation doit respecter la norme NF C 15-100 et les prescriptions spécifiques aux générateurs photovoltaïques (sectionneurs DC, protections différentielles, mise à la terre des cadres, etc.). Le raccordement au réseau public impose également le respect des procédures d’Enedis et de l’obligation d’achat si vous vendez votre surplus de production. Faire appel à un installateur certifié RGE QualiPV est non seulement un gage de compétence, mais aussi une condition d’éligibilité à de nombreuses aides financières.

Enfin, sur le plan assurantiel, il est crucial d’informer votre assureur habitation de la mise en place d’une installation photovoltaïque sur votre toiture en fermettes. Celui-ci pourra adapter votre contrat, vérifier les garanties en cas de dommages (incendie, infiltration, tempête) et exiger, le cas échéant, la fourniture des rapports d’étude structurelle et des attestations de conformité. De nombreuses polices d’assurance comportent des clauses d’exclusion liées aux modifications structurelles non déclarées ou réalisées sans respect des normes.

En résumé, une installation de panneaux solaires sur fermette réussie repose sur un triptyque indissociable : structure dimensionnée, fixation conforme, réglementation respectée. En vous entourant de professionnels compétents et en exigeant une traçabilité complète des études et des travaux, vous mettez toutes les chances de votre côté pour profiter sereinement de votre électricité solaire pendant plusieurs décennies, sans compromettre la sécurité de votre toiture ni votre couverture assurantielle.

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