# La serre solaire : chauffer sa maison grâce au soleil et aux plantes
Face à l’augmentation des coûts énergétiques et aux impératifs écologiques, de plus en plus de propriétaires se tournent vers des solutions architecturales innovantes pour réduire leur empreinte carbone. La serre solaire, également appelée véranda bioclimatique ou serre adossée, représente une réponse élégante à ces défis contemporains. Cette structure vitrée, accolée à l’habitation principale, transforme l’énergie du soleil en chaleur tout en créant un espace de vie supplémentaire où fleurissent tomates, agrumes et plantes méditerranéennes. Bien plus qu’un simple jardin d’hiver, la serre solaire constitue un véritable système thermique passif capable de réduire jusqu’à 30% la facture de chauffage selon les configurations. Découvrez comment cette architecture vernaculaire modernisée allie performances énergétiques, production alimentaire et confort domestique.
## Principe thermodynamique de la serre bioclimatique adossée
Le fonctionnement d’une serre solaire repose sur des principes physiques éprouvés depuis des siècles. Contrairement à une simple véranda décorative, cette structure est conçue pour capter, stocker et redistribuer l’énergie solaire vers l’habitation principale. Le processus commence dès que les premiers rayons du soleil traversent les surfaces vitrées. L’énergie lumineuse se transforme alors en chaleur au contact des surfaces opaques : sol, murs, contenants de plantes. Cette chaleur, piégée par l’effet de serre, fait rapidement monter la température intérieure, parfois de 20 à 30°C au-dessus de la température extérieure lors des journées ensoleillées d’hiver.
### Effet de serre et captage du rayonnement solaire par vitrage double peau
L’effet de serre tire son nom de cette application horticole ancestrale. Les rayonnements solaires à courte longueur d’onde traversent facilement le vitrage transparent. Une fois à l’intérieur, ces rayons sont absorbés par les surfaces opaques qui se réchauffent et réémettent cette énergie sous forme de rayonnements infrarouges à grande longueur d’onde. Or, le verre est opaque à ces rayonnements infrarouges, créant ainsi un piège thermique efficace. Un vitrage isolant à double peau améliore considérablement ce phénomène en limitant les déperditions thermiques. Le coefficient Ug, qui mesure les pertes thermiques du vitrage, devient un paramètre essentiel : plus il est faible, meilleure est l’isolation. Les vitrages modernes affichent des valeurs inférieures à 1,1 W/m²K, contre 5,8 W/m²K pour un simple vitrage. Cette performance permet de conserver la chaleur captée pendant la journée bien après le coucher du soleil.
### Transfert thermique par convection et conduction vers l’habitat
La chaleur accumulée dans la serre ne reste pas confinée dans cet espace tampon. Deux mécanismes physiques assurent sa migration vers les pièces de vie. D’abord, la conduction thermique à travers le mur mitoyen : si ce dernier présente une bonne masse thermique (béton, brique pleine, pierre), il absorbe la chaleur côté serre et la restitue progressivement côté habitat sur plusieurs heures. Ensuite, la convection naturelle permet de transférer directement l’air chaud vers l’intérieur. L’air surchauffé de la serre, plus léger, s’élève naturellement et peut être canalisé vers les pièces adjacentes par des bouches de ventilation stratégiquement positionnées en partie haute. Ce transfert convectif procure un apport thermique imméd
immédiat lors des périodes ensoleillées, tandis que la masse du bâti joue le rôle de « batterie thermique » à décharge lente, garantissant un confort stable sans recours à un chauffage mécanique.### Inertie thermique des matériaux : béton, brique et mur Trombe
Pour que la serre solaire fonctionne comme un chauffage passif fiable, l’inertie thermique des matériaux est déterminante. Plus un matériau est dense et lourd, plus il est capable de stocker de la chaleur et de la restituer progressivement. Le béton, la brique pleine et la pierre naturelle présentent des capacités de stockage bien supérieures à celles du bois ou des cloisons légères. Dans une serre bioclimatique adossée, on privilégie donc un mur mitoyen massif servant de mur d’accumulation.
Le mur Trombe en est une déclinaison particulièrement efficace. Il s’agit d’un mur sombre, généralement en béton ou en brique, placé derrière un vitrage avec une lame d’air intermédiaire. Le rayonnement solaire traverse le vitrage, chauffe la surface noire du mur qui emmagasine cette énergie et la diffuse ensuite par rayonnement et conduction vers l’intérieur de la maison avec un déphasage de plusieurs heures. Ce décalage temporel permet de disposer d’apports gratuits en fin de journée et en début de nuit, précisément au moment où les besoins de chauffage augmentent.
### Stratification de l’air chaud et système de distribution par bouches de ventilation
Dans toute serre solaire, l’air chaud a naturellement tendance à s’accumuler en partie haute, créant une stratification des températures. Sans dispositif de gestion, vous risquez de vous retrouver avec une « bulle » surchauffée au plafond tandis que la zone de vie reste tiède. Pour exploiter au mieux ce gradient thermique, des bouches de ventilation et conduits d’air sont disposés à différentes hauteurs, côté serre comme côté habitation. Les ouvertures hautes permettent d’évacuer le surplus de chaleur ou de l’envoyer dans les pièces à l’étage, tandis que des grilles basses assurent le retour de l’air plus frais.
On conçoit parfois la serre comme un poumon thermique relié à la maison par un petit réseau de gaines isolées, contrôlées par des registres manuels ou motorisés. En journée hivernale ensoleillée, vous ouvrez les bouches hautes pour laisser entrer l’air chaud dans le séjour ou le couloir central ; la nuit, ces mêmes bouches se referment pour éviter les déperditions. Un système de ventilation mécanique basse consommation peut compléter l’effet naturel, notamment dans les maisons très étanches, en s’occupant de répartir les calories sans courant d’air désagréable.
Conception architecturale et orientation optimale de la véranda solaire
La performance d’une serre solaire ne dépend pas uniquement des lois de la physique, mais aussi de la manière dont elle est dessinée et implantée. Une même surface vitrée peut se révéler remarquable ou décevante selon son orientation, son angle, ses proportions et le choix des vitrages. Concevoir une véranda solaire performante revient un peu à régler finement une antenne : plus l’orientation et la géométrie sont adaptées à votre latitude, plus vous captez d’énergie en hiver tout en limitant les surchauffes estivales.
### Exposition plein sud et angle d’inclinaison du vitrage selon la latitude
Dans l’hémisphère nord, l’exposition plein sud reste la règle d’or pour une serre bioclimatique adossée. C’est sur cette façade que le soleil est le plus haut et le plus présent en hiver, lorsque les besoins de chauffage sont importants. Une orientation sud-est ou sud-ouest reste acceptable, mais vous perdez alors une partie des apports thermiques matinaux ou de fin de journée. En règle générale, on considère qu’un écart de ±30° par rapport au sud reste compatible avec une bonne efficacité, au prix d’une légère baisse de performance.
L’angle d’inclinaison du vitrage, lui, doit être adapté à la latitude pour optimiser la captation hivernale. En France métropolitaine, on vise souvent une pente comprise entre 45° et 65° par rapport à l’horizontale. Plus on se situe au nord, plus on accentue la pente pour être perpendiculaire aux rayons d’hiver. À l’inverse, proches de la Méditerranée, un vitrage plus proche de la verticale (30 à 45°) limite les risques de surchauffe estivale. On retrouve ici une logique similaire à celle des capteurs solaires thermiques de toiture, mais avec une contrainte supplémentaire : il faut aussi tenir compte du confort visuel et de l’usage en tant qu’espace de vie.
### Dimensionnement du volume tampon selon la surface habitable
Quelle taille pour une serre solaire efficace ? Trop petite, elle aura peu d’impact sur votre facture de chauffage ; surdimensionnée, elle deviendra coûteuse et plus difficile à maîtriser en été. Une règle de pouce couramment admise consiste à viser une surface de serre solaire représentant 10 à 20 % de la surface habitable à chauffer. Pour une maison de 120 m², on se situe donc typiquement entre 12 et 24 m² de serre adossée, selon le niveau d’isolation et la zone climatique.
Au-delà de la surface, le volume et la hauteur sous plafond jouent un rôle important dans la régulation thermique. Une serre très haute accumule davantage d’air chaud mais accentue aussi la stratification, ce qui impose une gestion plus fine de la ventilation. À l’inverse, un volume trop bas surchauffe rapidement au moindre rayon de soleil. On recherche donc un compromis entre 2,4 m et 3,5 m de hauteur moyenne, en prévoyant éventuellement une partie plus haute pour favoriser l’effet cheminée. Pensez aussi à la capacité d’inertie : dalle béton épaisse, murs massifs et éléments de stockage (murs de briques, bancs maçonnés, bacs plantés) permettent d’absorber les pics de température et de lisser les variations.
### Choix des vitrages : coefficient Ug, facteur solaire et transmission lumineuse
Le vitrage est au cœur de la performance d’une véranda solaire. Trois paramètres principaux guident le choix : le coefficient de transmission thermique Ug, le facteur solaire g et la transmission lumineuse TL. Le coefficient Ug exprime les pertes de chaleur : plus il est faible, meilleure est l’isolation. En pratique, un double vitrage à isolation renforcée avec Ug entre 1,0 et 1,3 W/m²K constitue un excellent compromis pour une serre solaire, là où un simple vitrage laisserait s’échapper une grande partie de la chaleur nuit et jour.
Le facteur solaire g indique la proportion d’énergie solaire qui traverse le vitrage. Pour un chauffage passif maximisé, on recherche un g élevé en façade sud (autour de 0,55 à 0,65), quitte à gérer l’excès par des protections mobiles en été. Enfin, la transmission lumineuse TL conditionne le confort visuel et la croissance des plantes : une serre solaire doit rester un espace baigné de lumière naturelle, avec une TL supérieure à 70 % si possible. Les triples vitrages, bien que très isolants, réduisent parfois trop cette transmission et alourdissent considérablement la structure ; ils sont plutôt réservés aux façades opaques de la maison, tandis que la serre privilégie le double vitrage haute performance.
### Intégration des casquettes solaires et protections estivales mobiles
Une bonne serre solaire doit être capable de chauffer en hiver… sans se transformer en four en été. C’est là que les protections solaires fixes et mobiles entrent en scène. Les casquettes solaires (auvents maçonnés, débords de toit, brise-soleil) sont dimensionnées pour laisser entrer le soleil bas d’hiver tout en masquant le soleil haut d’été. En jouant sur la profondeur de ces avancées, calculée selon votre latitude et la hauteur de la façade, on obtient une ombre portée très efficace aux heures les plus chaudes.
Les protections mobiles complètent ce dispositif : stores extérieurs, voiles d’ombrage, panneaux coulissants en bois, ou même végétation caduque grimpante. Installés à l’extérieur du vitrage, ces systèmes bloquent une grande partie du rayonnement avant qu’il ne pénètre dans le volume, ce qui est bien plus performant que de simples rideaux intérieurs. Vous pouvez ainsi ajuster l’apport solaire au fil des saisons : tout ouvert en hiver pour capter la moindre calorie, partiellement fermé à la mi-saison, et largement ombragé lors des épisodes caniculaires.
Sélection des végétaux producteurs de biomasse et régulateurs hygrométriques
La spécificité d’une serre solaire par rapport à une façade vitrée classique, c’est la présence des plantes. Elles ne sont pas qu’un décor : elles participent à la régulation hygrométrique, à l’absorption de CO₂ et modifient le microclimat intérieur. Bien choisies, elles transforment votre véranda bioclimatique en un espace productif et apaisant, tout en limitant les risques d’air trop sec en hiver ou au contraire de condensation excessive. Vous pouvez alors réellement « chauffer votre maison grâce au soleil et aux plantes » tout en récoltant agrumes, aromatiques et légumes frais.
### Plantes méditerranéennes thermophiles : agrumes, figuiers et oliviers en pot
Les plantes méditerranéennes apprécient particulièrement l’ambiance lumineuse et tempérée d’une serre solaire adossée. Agrumes (citronniers, orangers, kumquats), petits figuiers en pot ou jeunes oliviers profitent des températures plus douces en hiver et de l’absence de gel, tout en supportant bien les variations de chaleur de la mi-saison. Leur feuillage persistant participe à l’humidification de l’air par évapotranspiration et offre un léger ombrage du sol, réduisant le réchauffement excessif de la dalle.
Ces espèces thermophiles jouent aussi un rôle « indicateur » du bon fonctionnement de la serre : si vos agrumes passent l’hiver sans dégâts, c’est que la température minimale reste dans une plage acceptable (souvent entre 5 et 8°C selon les variétés). En été, leur besoin en lumière et en chaleur reste élevé, ce qui les rend compatibles avec la captation solaire, à condition d’installer une ventilation et un ombrage suffisant pour éviter les brûlures foliaires. De plus, la production de fruits renforce l’intérêt économique et alimentaire de cette pièce tampon, qui devient un vrai jardin d’hiver nourricier.
### Espèces potagères à cycle court : tomates, basilic et salades perpétuelles
Une serre solaire bien exposée permet également de prolonger ou d’anticiper les cultures potagères. Tomates, basilic, salades perpétuelles, roquette, épinards ou mesclun peuvent trouver place dans des bacs profonds ou des jardinières surélevées. Les espèces à cycle court et à forte biomasse foliaire ont l’avantage de renouveler fréquemment la couverture végétale et de maintenir une bonne transpiration, ce qui contribue à réguler l’humidité relative. En plein cœur de l’hiver, les températures resteront toutefois trop basses pour les tomates dans la plupart des régions ; en revanche, les salades supportent très bien les nuits fraîches si la serre reste hors gel.
Pour ne pas transformer la serre en simple potager intensif, on recherchera une diversité de cultures et une rotation raisonnable, afin de limiter les problèmes de maladies et de ravageurs. Les jardiniers urbains y verront un moyen d’obtenir des récoltes précoces de tomates dès le printemps, en les installant sous serre plusieurs semaines avant la mise en pleine terre. Cette production alimentaire locale et ultra-fraîche renforce le bilan écologique global de la serre solaire, en réduisant les transports et en valorisant chaque kWh de chaleur capté.
### Végétation grimpante pour ombrage estival : vigne, passiflore et kiwi
Et si les plantes devenaient elles-mêmes un système d’ombrage intelligent ? Les grimpantes caduques comme la vigne, certains kiwis ou la glycine peuvent être palissées sur une pergola attenante, un treillis extérieur ou même sur la structure de la serre (en gardant une bonne distance avec le vitrage). Leur feuillage dense en été filtre une partie du rayonnement solaire, créant une ombre légère très agréable. En hiver, la chute des feuilles libère au contraire la façade, permettant aux rayons bas de pénétrer pleinement dans la serre.
La passiflore, semi-persistante selon les espèces et les régions, offre quant à elle une floraison généreuse et attire les pollinisateurs, tout en participant à cet ombrage vivant. Par rapport à un brise-soleil fixe, la végétation grimpante a l’avantage d’évoluer naturellement avec les saisons, sans intervention mécanique. On veille simplement à guider et tailler régulièrement ces plantes pour éviter qu’elles n’obstruent les ouvrants ou ne fragilisent les joints de vitrage. Vous profitez ainsi d’une double fonction : régulation thermique par l’ombre et production de fruits (raisin, kiwis) ou de fleurs décoratives.
Gestion de la ventilation et régulation thermique saisonnière
Une serre solaire mal ventilée peut vite devenir inconfortable, voire contre-productive. La clé d’un bon fonctionnement réside dans une gestion fine des flux d’air, différente en hiver et en été. En jouant sur les ouvertures hautes et basses, les clapets de transfert vers la maison et, le cas échéant, une petite ventilation mécanique, on parvient à stabiliser la température et l’hygrométrie tout en limitant les pertes de chaleur inutiles. La serre devient alors un véritable « poumon climatique », respirant au rythme des saisons.
### Ventilation naturelle par effet cheminée et ouvertures hautes/basses
La ventilation naturelle s’appuie sur un principe simple : l’air chaud est plus léger que l’air froid, il monte et crée une dépression en partie basse. En intégrant des ouvrants à deux niveaux (fenêtres hautes, vasistas en toiture, grilles basses), on provoque un tirage vertical appelé effet cheminée. En hiver, on n’ouvre ces exutoires qu’avec parcimonie, principalement pour évacuer l’humidité excessive ou éviter un surchauffe ponctuelle en fin de matinée ensoleillée.
Au printemps et en été, ces mêmes ouvertures deviennent vos meilleurs alliés pour rafraîchir naturellement la serre et, si besoin, la maison. Une combinaison typique consiste à ouvrir une trappe basse côté nord (air plus frais) et un vasistas haut côté sud, afin de créer un courant doux mais continu. Vous pouvez ainsi abaisser la température de plusieurs degrés sans climatisation active. Un pilotage manuel suffit souvent, mais des ouvrants motorisés asservis à une sonde de température et/ou d’hygrométrie apportent un confort indéniable, notamment en cas d’absence prolongée.
### Bypass estival et protection contre la surchauffe diurne
En plein été, l’objectif n’est plus du tout de chauffer la maison, mais au contraire de la protéger des apports solaires excessifs. La plupart des projets de serres solaires performantes prévoient donc un bypass estival : un mode de fonctionnement dans lequel l’air chaud de la serre est évacué directement vers l’extérieur, sans transiter par les pièces de vie. Concrètement, il peut s’agir de clapets de ventilation qui, en position été, court-circuitent les bouches menant à l’habitation et envoient l’air vers un conduit dédié ou un simple ouvrant en façade.
Associé aux protections solaires mobiles (stores, végétation caduque) et à une ventilation nocturne maximale, ce bypass évite les surchauffes diurnes. Vous pouvez alors continuer à utiliser la serre comme espace de vie estival ombragé, plutôt que de la subir comme une bulle irrespirable. Dans les régions chaudes, certains maîtres d’œuvre vont jusqu’à intégrer des filets d’ombrage permanents ou une double peau ventilée sur la toiture, de façon à maintenir la structure sous des températures supportables même lors des épisodes de canicule.
### Stockage intersaison dans dalle chauffante ou lit de galets
Au-delà du stockage journalier (jour/nuit), il est possible d’imaginer un stockage intersaison, c’est-à-dire de conserver une partie de la chaleur captée au cœur de l’automne pour en bénéficier au début du printemps. Ce principe, utilisé dans certains bâtiments passifs, consiste à exploiter une masse importante de matériau (dalle béton très épaisse, radier, lit de galets ventilé) comme « batterie » thermique. L’air chaud de la serre est alors soufflé à travers des conduits noyés dans la dalle ou circulant dans un lit de pierres roulées sous le plancher, qui accumulent progressivement la chaleur.
Cette technologie demande une conception rigoureuse et un dimensionnement précis pour rester pertinente, mais elle peut améliorer sensiblement le confort en mi-saison dans les climats froids. On se rapproche alors du fonctionnement d’un plancher solaire direct, où la structure même du bâtiment devient le réservoir de chaleur. En rénovation, la mise en place d’un lit de galets ventilé sous une partie de la serre constitue parfois une solution plus accessible que la refonte complète des dalles intérieures, tout en offrant un stockage de moyenne durée intéressant.
Performances énergétiques mesurées et retour sur investissement
Au-delà des principes, que peut-on réellement attendre d’une serre solaire en termes d’économies de chauffage ? Les retours d’expérience en France et en Europe montrent des gains significatifs, mais variables selon les zones climatiques, l’isolation existante et la qualité de la conception. Pour évaluer l’intérêt économique d’un tel projet, il faut croiser plusieurs indicateurs : apports thermiques annuels, réduction de la consommation conventionnelle, coût d’investissement et durée d’amortissement.
### Gains thermiques annuels en kWh/m² selon les zones climatiques françaises
Les études réalisées sur des vérandas solaires bien conçues font état d’apports nets compris entre 150 et 300 kWh/m².an de surface vitrée en climat tempéré, lorsque la serre est adossée à un logement correctement isolé. En zone H1 (Nord et Nord-Est), les gains sont généralement un peu plus élevés en proportion des besoins, car la période de chauffage est longue et l’ensoleillement hivernal encore suffisant. En zone H2 (Ouest et Centre), les apports restent très intéressants, tandis qu’en zone H3 (Méditerranée), la priorité devient davantage la protection contre la surchauffe, même si les apports utiles demeurent notables en automne et au printemps.
Rapportés à la surface habitable, ces apports représentent typiquement de 20 à 40 kWh/m².an de chauffage économisé, soit une réduction de 15 à 30 % de la demande de chaleur pour une maison existante isolée selon les standards post-RT2012. Dans une rénovation performante où l’enveloppe est déjà très isolée, la serre solaire vient compléter un bouquet de solutions (poêle à bois, VMC double flux, solaire thermique) pour tendre vers le bâtiment basse consommation, voire quasi-passif, sans recourir à des systèmes complexes.
### Réduction de la consommation de chauffage conventionnel et économies chiffrées
En pratique, comment cela se traduit-il sur la facture ? Prenons l’exemple d’une maison de 120 m² consommant 120 kWh/m².an pour le chauffage, soit 14 400 kWh par an. Une serre solaire bien dimensionnée qui permet de réduire cette consommation de 25 % fera économiser environ 3 600 kWh par an. Avec un chauffage électrique direct, cela représente de l’ordre de 700 à 800 € d’économies annuelles (en fonction du tarif du kWh). Avec un chauffage au gaz naturel ou aux granulés, les économies restent substantielles, même si le prix du kWh est inférieur.
À ces gains directs s’ajoutent des bénéfices indirects difficiles à chiffrer : confort accru (températures plus stables, moins de parois froides), valorisation immobilière liée à l’extension d’espace de vie, production alimentaire sur place, réduction de l’empreinte carbone. Selon les études de l’ADEME sur le solaire thermique intégré au bâtiment, l’association de capteurs solaires et d’une enveloppe bioclimatique bien pensée peut couvrir jusqu’à 40 à 60 % des besoins totaux de chauffage et d’eau chaude dans les régions froides bien ensoleillées. La serre solaire participe de la même logique d’autonomie partielle, avec des systèmes passifs nécessitant très peu d’entretien.
### Coût de construction au m² et amortissement sur 15-20 ans
Le coût d’une serre solaire adossée varie fortement selon les matériaux, la complexité architecturale et le niveau de finition. On observe cependant des fourchettes récurrentes : en autoconstruction partielle avec structure bois et double vitrage standard, on peut viser un coût de 800 à 1 200 €/m² hors main-d’œuvre. Pour une réalisation professionnelle haut de gamme (structure alu/bois, vitrages performants, protections solaires intégrées, fondations et murs maçonnés), le budget grimpe plutôt entre 1 500 et 2 500 €/m².
Si l’on reprend notre maison de 120 m² équipée d’une serre de 18 m² à 1 800 €/m², l’investissement atteint environ 32 000 €. Avec 700 à 800 € d’économies annuelles sur la facture de chauffage, sans tenir compte de l’augmentation probable du prix de l’énergie, on obtient un temps de retour simple de 15 à 20 ans. Ce délai peut sembler long, mais il faut le comparer à la durée de vie de la structure (30 à 50 ans pour une conception soignée) et à l’usage quotidien de cet espace de vie supplémentaire. En intégrant la valorisation immobilière et l’agrément procuré, beaucoup de propriétaires considèrent la serre solaire non pas comme un « gadget énergétique », mais comme un investissement patrimonial durable.
Réglementation thermique RT2012, RE2020 et déclarations administratives
Comme toute extension ou modification de l’enveloppe d’un bâtiment, la création d’une serre solaire est encadrée par des règles d’urbanisme et de performance énergétique. Selon la surface créée et l’impact sur le volume chauffé, votre projet peut relever d’une simple déclaration préalable ou nécessiter un permis de construire. Il convient donc de vérifier en amont le plan local d’urbanisme (PLU) et, le cas échéant, de consulter le service urbanisme de votre mairie, voire l’Architecte des Bâtiments de France si vous êtes en zone protégée.
Sur le plan thermique, la RT2012 puis la RE2020 imposent des exigences pour les constructions neuves et certaines extensions significatives. Une serre solaire non chauffée, considérée comme volume tampon non habitable, n’entre pas toujours directement dans le calcul réglementaire, mais son impact sur les déperditions et les apports doit être pris en compte par le bureau d’études thermique. Dans le cadre de la RE2020, qui met l’accent sur la sobriété énergétique, le confort d’été et l’empreinte carbone, les dispositifs solaires passifs comme les serres bioclimatiques sont particulièrement bienvenus s’ils sont correctement conçus.
D’un point de vue administratif, on retiendra quelques repères : en dessous de 5 m², aucune formalité n’est généralement requise ; entre 5 et 20 m² (ou 40 m² dans certaines communes sous PLU), une déclaration préalable suffit ; au-delà, un permis de construire est nécessaire. Si la serre solaire est chauffée et assimilée à de la surface habitable, elle sera intégrée dans la surface de plancher et pourra impacter les taxes d’aménagement. Enfin, n’oubliez pas d’informer votre assureur de cette extension vitrée et, si possible, de faire valider le projet par un professionnel RGE lorsque la serre s’inscrit dans une rénovation énergétique globale : vous maximiserez ainsi la compatibilité avec les exigences réglementaires actuelles et futures.