Face à l’augmentation constante des coûts énergétiques et aux préoccupations environnementales croissantes, les solutions de chauffage passif retrouvent un intérêt majeur auprès des architectes et des particuliers. Le mur Trombe, système ingénieux développé dans les années 1960, représente une approche révolutionnaire pour exploiter l’énergie solaire sans consommation électrique. Cette technologie thermique, basée sur des principes physiques éprouvés, transforme les rayonnements solaires en chaleur utilisable, offrant une alternative durable aux systèmes de chauffage conventionnels.
L’efficacité énergétique du mur Trombe repose sur une combinaison astucieuse de l’effet de serre, de la convection naturelle et de l’inertie thermique des matériaux. Cette solution bioclimatique permet de réduire significativement les besoins en chauffage traditionnel, particulièrement dans les régions bénéficiant d’un ensoleillement hivernal suffisant.
Principe thermodynamique et conception technique du mur trombe
Le fonctionnement du mur Trombe s’appuie sur des phénomènes thermodynamiques fondamentaux qui orchestrent un ballet énergétique sophistiqué. La structure se compose essentiellement d’un mur massif à forte inertie thermique, généralement peint en noir pour optimiser l’absorption du rayonnement solaire, protégé par une paroi vitrée qui crée une lame d’air intermédiaire. Cette configuration génère un effet de serre contrôlé, où les rayons solaires traversent le vitrage, réchauffent le mur stockeur, qui restitue ensuite cette énergie de manière déphasée.
La physique du processus implique trois modes de transfert thermique distincts : la conduction à travers le mur massif, la convection dans la lame d’air, et le rayonnement infrarouge émis par la surface chauffée. L’air emprisonné entre le vitrage et le mur suit un cycle thermodynamique naturel, se réchauffant au contact de la paroi sombre, puis circulant par thermosiphon vers les espaces intérieurs.
Effet de serre par vitrage double ou triple dans les systèmes Trombe-Michel
L’efficacité du mur Trombe dépend largement de la qualité du vitrage utilisé, qui doit maximiser la transmission solaire tout en minimisant les pertes thermiques. Les vitrages doubles à faible émissivité constituent aujourd’hui le standard optimal, offrant un coefficient de transmission lumineuse supérieur à 0,75 et une résistance thermique renforcée. Les vitrages triples, bien que plus coûteux, peuvent améliorer les performances dans les climats rigoureux.
La technologie des verres sélectifs permet d’optimiser l’effet de serre en laissant passer les rayonnements solaires de courte longueur d’onde tout en bloquant les infrarouge de grande longueur d’onde émis par le mur chauffé. Cette sélectivité spectrale maximise l’accumulation énergétique dans la lame d’air, créant un gradient thermique favorable à la circulation convective.
Transfert de chaleur par convection naturelle et rayonnement infrarouge
La convection naturelle constitue le mécanisme principal de distribution thermique dans un mur Trombe ventilé. L’air réchauffé dans la lame d’air, moins dense que l’air ambiant, s’élève naturellement et pénètre dans les espaces habitables par les ouvertures hautes, tandis que l’air frais est aspiré par les ouvertures basses. Ce phénomène
se met en place tant que la façade reçoit du rayonnement solaire, ce qui en fait un système entièrement autonome. En parallèle, le mur massif, une fois chauffé en profondeur, rayonne dans l’infrarouge vers l’intérieur de la pièce, même plusieurs heures après le coucher du soleil. Ce rayonnement différé est comparable à celui d’un poêle encore tiède en fin de soirée : vous ne voyez plus la flamme, mais la chaleur continue d’être restituée.
C’est la combinaison fine entre cette convection diurne et le rayonnement nocturne qui fait la spécificité du chauffage solaire passif par mur Trombe. Si la paroi est mal dimensionnée (trop fine ou trop peu massive), le pic de chaleur arrive trop tôt et le confort en pâtit. À l’inverse, un mur correctement optimisé permet d’atteindre une sensation thermique stable, avec moins de variations de température, ce qui est particulièrement apprécié dans les maisons bioclimatiques.
Dimensionnement de la lame d’air et calcul du coefficient de performance thermique
La lame d’air située entre le vitrage et le mur stockeur est un élément clé du système Trombe-Michel. Sa largeur conditionne à la fois la vitesse de convection naturelle et les pertes thermiques. En pratique, on vise généralement une épaisseur de 5 à 15 cm : en dessous, la circulation d’air est pénalisée ; au‑delà, les pertes par convection augmentent et l’efficacité globale diminue. Vous voyez cette lame d’air comme un petit « couloir thermique » où l’air se réchauffe avant d’entrer dans le logement.
Le dimensionnement se fait à partir du coefficient de performance thermique du mur Trombe, qui met en relation l’énergie solaire incidente (en kWh/m²) et l’énergie réellement transférée à l’espace intérieur. Des études menées en zone climatique H1 française (Nord‑Est) indiquent des rendements saisonniers de l’ordre de 100 à 150 kWh/m² de surface de mur capteur et par an, pour un bon ensoleillement. L’épaisseur de la paroi, le type de vitrage, la couleur de la surface et la hauteur du mur entrent dans les calculs, généralement réalisés via des logiciels de simulation thermique dynamique.
Pour un particulier, un premier dimensionnement simplifié peut s’appuyer sur des valeurs empiriques : un mur Trombe de 10 à 15 m² bien orienté plein sud permet souvent de couvrir entre 20 % et 40 % des besoins de chauffage d’une maison de 100 m² correctement isolée. Les thermiciens affinent ensuite ces estimations en prenant en compte l’inertie globale du bâtiment, le climat local (durée d’ensoleillement hivernal) et la stratégie de régulation (clapets, volets, protections solaires).
Matériaux à forte inertie thermique : béton, pierre naturelle et briques réfractaires
Le choix du matériau du mur stockeur conditionne directement la capacité de stockage de chaleur et le déphasage thermique. Pour un mur Trombe performant, on recherche une forte masse volumique et une chaleur spécifique élevée : le béton, la pierre naturelle (granite, basalte) ou encore les briques pleines réfractaires sont donc particulièrement adaptés. Plus la paroi est lourde, plus elle peut emmagasiner de calories solaires et les restituer progressivement au fil des heures.
Certains projets récents explorent également la terre crue (pisé, adobe, terre banchée), qui présente une inertie remarquable tout en affichant un excellent bilan environnemental. La terre crue, en plus de son faible impact carbone, offre une très bonne régulation hygrométrique, améliorant ainsi le confort intérieur. Des solutions plus avancées font appel à des matériaux à changement de phase (MCP), intégrés sous forme de panneaux ou de micro‑capsules dans un mortier, afin de multiplier par deux ou trois la capacité de stockage à épaisseur égale.
En pratique, l’épaisseur du mur se situe souvent entre 20 et 45 cm selon le climat et le matériau utilisé. Dans un contexte de rénovation, il est possible d’utiliser un mur existant en maçonnerie lourde, simplement repeint en sombre et doublé d’un vitrage extérieur. Dans le neuf, l’architecte dispose d’une plus grande liberté pour combiner structure porteuse, isolation et stockage thermique dans un seul et même élément de façade solaire.
Typologie des configurations architecturales du mur capteur solaire
Le mur Trombe ne se résume pas à une seule configuration standard. Au fil des décennies, les architectes et ingénieurs ont décliné ce principe en plusieurs variantes adaptées à des usages, des climats et des contraintes de conception différents. Selon que l’on recherche un simple apport solaire ponctuel ou un véritable système de chauffage d’appoint, la conception du mur capteur solaire sera ajustée : ouvertures de ventilation, isolation, type de vitrage, intégration à une serre bioclimatique, etc.
Comprendre ces différentes typologies vous permet de choisir la solution la plus pertinente pour votre projet, qu’il s’agisse d’une rénovation légère en auto‑construction ou d’un bâtiment neuf à très haute performance énergétique. Nous allons passer en revue les principaux schémas : le mur Trombe classique ventilé, le mur Trombe composite amélioré, les systèmes hybrides couplés à une serre, ainsi que les adaptations possibles aux standards Minergie et PassivHaus.
Mur trombe classique avec évents de ventilation thermosiphon
Le mur Trombe classique est la configuration la plus connue et la plus simple à mettre en œuvre. Il se compose d’un mur massif sombre, d’un vitrage extérieur et de deux ouvertures pratiquées dans la paroi, en partie basse et en partie haute, équipées de clapets. Lorsque le soleil chauffe la lame d’air, l’air chaud monte et entre dans la pièce par l’évent supérieur, tandis que l’air plus frais de la pièce est aspiré par l’évent inférieur : c’est le principe du thermosiphon, une circulation naturelle sans ventilateur.
En l’absence de soleil, les clapets sont fermés pour éviter la circulation inverse, qui refroidirait le logement en faisant rayonner le mur vers l’extérieur. Cette version « mur Trombe ventilé passif » est particulièrement adaptée aux maisons individuelles situées dans des régions froides mais bien ensoleillées en hiver. Elle apporte un gain de température de l’ordre de 3 à 7 °C dans la pièce, selon les témoignages d’utilisateurs et les mesures réalisées sur des prototypes.
Son avantage majeur réside dans sa simplicité : pas de motorisation, peu de pièces mobiles, une maintenance réduite au nettoyage périodique du vitrage et au contrôle des clapets. En contrepartie, la régulation reste sommaire : sans automatisme, l’occupant doit parfois intervenir manuellement pour fermer ou ouvrir les bouches en fonction de la météo, ce qui peut être contraignant si l’on souhaite optimiser finement les apports solaires passifs.
Mur trombe composite intégrant isolation sélective nocturne
Le mur Trombe composite constitue une évolution du système classique, pensée pour améliorer les performances thermiques et le confort sur une saison de chauffe complète. Il se caractérise par une structure multi‑couches : un double vitrage faiblement émissif, une première lame d’air fermée, une paroi stockeuse plus mince (environ 10 cm), une seconde lame d’air ventilée et, côté intérieur, un isolant thermique continu. Ce dispositif permet de mieux contrôler les flux de chaleur et de limiter les pertes vers l’intérieur pendant la nuit.
Cette isolation sélective nocturne joue un rôle comparable à celui d’une couverture isolante posée sur un radiateur : elle autorise les apports lorsque le soleil est présent et restreint les déperditions lorsque la température extérieure chute. Des expériences menées par des laboratoires comme le LGCgE ont montré qu’un mur Trombe composite pouvait présenter un déphasage thermique optimisé, avec une restitution de chaleur plus proche des besoins réels des occupants (fin d’après‑midi, début de soirée).
Autre bénéfice : la présence d’un isolant côté intérieur s’intègre plus facilement dans des enveloppes performantes conformes aux exigences RT2012, RT2020 ou aux standards suisses Minergie. Les modules préfabriqués de murs Trombe composites, intégrant parfois des matériaux à changement de phase, facilitent la mise en œuvre sur chantier et réduisent les risques d’erreur de pose, même si ces systèmes restent encore peu répandus sur le marché.
Système hybride trombe-serre bioclimatique pour optimisation énergétique
Entre le mur Trombe et la serre bioclimatique, la frontière est plus fine qu’il n’y paraît. Un système hybride associe souvent une façade vitrée de grande hauteur, jouant le rôle de serre, et un mur massif placé à l’arrière qui fait office de stockage. Le volume de serre apporte un gain solaire direct (l’air de la serre se réchauffe fortement par effet de serre) tandis que le mur Trombe capte et lisse ces apports dans le temps. Vous bénéficiez à la fois d’un espace tampon lumineux et d’un radiateur solaire à inertie.
Ce type de configuration est particulièrement intéressant pour les pièces de vie orientées plein sud : séjour, cuisine ouverte, espace de travail. La serre bioclimatique permet déjà de réduire les besoins de chauffage par simple effet de serre, et le mur Trombe vient prolonger cet effet en soirée et dans la nuit. En été, des protections solaires (stores extérieurs, brise‑soleil, végétation à feuilles caduques) ainsi qu’une ventilation nocturne doivent impérativement être prévues pour éviter les surchauffes, sous peine de transformer la serre en « four ».
Dans les projets d’architecture bioclimatique contemporaine, on voit apparaître des variantes très élégantes : murs en terre crue derrière de grandes façades vitrées, jardins d’hiver jouant le rôle d’espace tampon, ou encore serres agricoles reconverties en volumes habitables. La clé de réussite de ces systèmes hybrides Trombe‑serre réside dans la conception globale du bâtiment : orientation, taille des vitrages, protections d’été, mais aussi organisation des pièces pour répartir au mieux les apports solaires passifs.
Adaptation du mur capteur aux constructions passives minergie et PassivHaus
Peut‑on encore justifier un mur Trombe dans une maison passive de type Minergie ou PassivHaus, déjà très bien isolée et quasi étanche à l’air ? La réponse est oui, mais à condition d’adapter le concept. Dans ces bâtiments à très faibles besoins de chauffage (souvent inférieurs à 15 kWh/m²/an), le rôle du mur capteur n’est plus de couvrir une grande part des besoins, mais d’améliorer le confort d’hiver et de réduire encore la dépendance aux énergies fossiles ou à l’électricité.
Dans ce contexte, les architectes privilégient des variantes à très faible risque de surchauffe : parois stockeuses plus fines, vitrages très performants à faible facteur solaire, intégration systématique de protections d’été et, surtout, couplage avec la ventilation double flux. Le mur Trombe peut alors préchauffer l’air neuf introduit par la VMC, comme on l’a vu sur certains gymnases et bâtiments publics basse consommation, ce qui réduit le besoin de post‑chauffage électrique.
Autre adaptation fréquente : l’usage de murs Trombe non ventilés vers l’intérieur, agissant uniquement comme tampon thermique derrière un vitrage. Dans cette approche, la chaleur est principalement restituée par rayonnement au travers des parois intérieures, sans flux d’air direct. Ceci permet de conserver une enveloppe très étanche à l’air, conforme aux exigences PassivHaus, tout en valorisant le solaire passif d’hiver. Le mur Trombe devient alors une brique de plus dans une stratégie globale de conception par le climat.
Performance énergétique et calculs thermiques selon réglementation RT2020
Avec l’entrée en vigueur de la RE2020 (successeur de la RT2012), la performance énergétique des bâtiments ne se limite plus aux seuls besoins de chauffage : elle intègre aussi le confort d’été, les émissions de CO₂ et l’impact environnemental des matériaux. Dans ce cadre, le mur Trombe trouve naturellement sa place comme solution de chauffage solaire passif à très faible empreinte carbone, surtout lorsqu’il est réalisé en matériaux géosourcés ou issus de filières locales.
Les bureaux d’études réalisant les calculs réglementaires intègrent aujourd’hui les apports solaires passifs via des outils de simulation thermique dynamique ou des référentiels comme Comfie, Pléiades ou TRNSYS. Le mur Trombe, lorsqu’il est correctement modélisé, peut contribuer à diminuer sensiblement les indicateurs de consommation conventionnelle (Bbio, Cep) et à améliorer le confort d’été, à condition que des protections solaires et une ventilation adaptée soient prévues.
Coefficient de déphasage thermique et capacité de stockage calorifique
Deux indicateurs sont particulièrement importants pour évaluer un mur Trombe : le déphasage thermique et la capacité de stockage calorifique. Le déphasage correspond au temps qui s’écoule entre le moment où le soleil chauffe la paroi et celui où la chaleur parvient à l’intérieur. Sur un mur en béton de 15 cm, les mesures montrent typiquement un décalage de 5 à 6 heures : un ensoleillement fort à midi se traduit par un rayonnement intérieur maximal en fin d’après‑midi ou en début de soirée.
La capacité de stockage, elle, se calcule en fonction de la masse, de la chaleur spécifique et de l’élévation de température admissible du matériau. À titre indicatif, un mur de 20 m² en béton de 20 cm d’épaisseur peut stocker plusieurs dizaines de kWh de chaleur sur une journée ensoleillée, ce qui représente l’équivalent de plusieurs heures de fonctionnement d’une chaudière de petite puissance. Cette énergie est ensuite restituée lentement, ce qui lisse les variations de température intérieure.
Dans le cadre de la RE2020, ces notions de déphasage et de stockage sont essentielles pour limiter les surchauffes estivales (indicateur DH) tout en réduisant les besoins de chauffage. Un mur Trombe bien dimensionné agit un peu comme une « batterie thermique » low‑tech : il ne produit pas d’énergie à proprement parler, mais stocke et redistribue intelligemment une ressource gratuite, le soleil.
Gains solaires directs mesurés selon référentiel STD comfie
Les outils de simulation basés sur le moteur Comfie (comme Pléiades) permettent de quantifier précisément les gains solaires directs et indirects d’un mur Trombe sur une saison de chauffe. En modélisant la géométrie du bâtiment, l’orientation, les masques solaires (arbres, bâtiments voisins) et le climat local, on peut estimer l’énergie utile transmise à l’intérieur, ainsi que son impact sur les consommations de chauffage conventionnel.
Des études de cas menées à Lyon ou Lille sur des bâtiments conformes à la RT2012 ont montré des économies annuelles d’environ 20 % sur les besoins de chauffage, avec un rendement global de l’ordre de 150 kWh/m² de mur Trombe en zone H1. Ces chiffres varient évidemment selon la surface de façade disponible, la qualité de l’isolation globale et le comportement des usagers (ouverture des clapets, gestion des protections solaires).
Pour un maître d’ouvrage ou un particulier, ces simulations représentent un outil d’aide à la décision précieux : elles permettent de comparer plusieurs variantes (mur plein, mur Trombe, simple baie vitrée, serre bioclimatique) et de vérifier que le gain attendu justifie l’investissement. Elles aident également à anticiper les risques de surchauffe en mi‑saison ou en été, ce qui est crucial pour respecter les nouvelles exigences de confort d’été de la RE2020.
Modélisation TRNSYS pour simulation dynamique du comportement thermique
Pour des projets plus complexes ou des bâtiments tertiaires de grande taille, des logiciels comme TRNSYS sont utilisés afin de modéliser de manière fine le comportement dynamique du mur Trombe. TRNSYS permet de représenter séparément chaque couche de la paroi (vitrage, lame d’air, matériau stockeur, isolant) et de simuler heure par heure les échanges de chaleur, en tenant compte des conditions climatiques réelles et de l’occupation du bâtiment.
Ce type de modélisation est particulièrement utile lorsque le mur Trombe est couplé à d’autres systèmes : ventilation double flux, stockage intersaisonnier, pilotage domotique des clapets et des volets, etc. On peut, par exemple, tester différents scénarios de régulation (clapets ouverts uniquement entre 10 h et 17 h, fermeture automatique au‑delà d’une certaine température intérieure, etc.) pour optimiser les apports solaires passifs sans dégrader le confort.
Dans le cadre de projets de recherche européens ou de démonstrateurs pilotes, la simulation TRNSYS est souvent couplée à des campagnes de mesures in situ (sondes de température, fluxmètres, enregistreurs de données). La confrontation entre modèle et réalité permet d’affiner les paramètres et d’améliorer progressivement les bibliothèques de composants « mur Trombe » mises à disposition des ingénieurs thermiciens.
Comparaison avec systèmes actifs photovoltaïques et pompes à chaleur géothermiques
Face aux technologies de pointe comme les panneaux photovoltaïques ou les pompes à chaleur géothermiques, le mur Trombe peut sembler rudimentaire. Pourtant, la comparaison est plus subtile qu’il n’y paraît. Là où un système photovoltaïque convertit le rayonnement solaire en électricité, puis souvent en chaleur via des résistances ou une PAC, le mur Trombe transforme directement le soleil en chaleur utilisable, sans intermédiaire ni conversion d’énergie, et sans pièce mécanique complexe.
En termes de rendement énergétique, un mètre carré de mur Trombe correctement conçu peut apporter en moyenne 50 à 150 kWh/an de chaleur utile, selon le climat et l’orientation. Un panneau photovoltaïque de même surface produira davantage d’énergie électrique, mais au prix d’un investissement plus élevé, de composants électroniques et d’un bilan environnemental différent. La pompe à chaleur géothermique, de son côté, offre un excellent coefficient de performance, mais nécessite des travaux lourds (forages, capteurs enterrés) et une alimentation électrique continue.
Le mur Trombe se distingue donc par sa robustesse low‑tech : aucune consommation d’énergie, très peu d’entretien, durée de vie comparable à celle du bâtiment. Dans une stratégie globale de transition énergétique, il ne s’agit pas de choisir l’un contre l’autre, mais de combiner intelligemment ces solutions. Pourquoi ne pas imaginer une maison où le photovoltaïque couvre les usages électriques, la pompe à chaleur géothermique assure le chauffage de base, et le mur Trombe vient réduire les pointes de consommation en hiver ?
Mise en œuvre technique et détails constructifs du mur trombe
Passer du concept à la réalisation concrète d’un mur Trombe nécessite une attention particulière aux détails constructifs. Orientation plein sud (ou sud‑sud‑est / sud‑sud‑ouest), absence de masques solaires hivernaux, continuité de l’isolation, gestion des ponts thermiques, qualité du vitrage et de son ancrage dans la structure : chaque paramètre influence le rendement final. Une erreur de conception ou de pose peut réduire à néant l’intérêt du système.
Sur le plan constructif, le mur doit être parfaitement solidaire de la structure du bâtiment, capable de reprendre les charges et de garantir une bonne étanchéité à l’air côté intérieur. Le vitrage est généralement monté dans une ossature secondaire (bois, aluminium, acier galvanisé) fixée à la façade, avec des joints périphériques conçus pour gérer les dilatations thermiques. Une attention particulière doit être portée à l’étanchéité en pied de vitrage, afin d’éviter les infiltrations d’eau dans la lame d’air.
Les ouvertures de ventilation (ouïes basse et haute) sont dimensionnées pour assurer un débit d’air suffisant sans provoquer de courants d’air désagréables à l’intérieur. On prévoit souvent des grilles démontables et des clapets à commande manuelle ou motorisée, avec joints d’étanchéité adaptés. Enfin, la face externe du mur stockeur est peinte dans une teinte sombre mate, résistante aux UV et aux variations de température, afin de maximiser l’absorption du rayonnement solaire et de limiter les phénomènes d’éblouissement.
Retours d’expérience sur installations emblématiques françaises et européennes
Les réalisations emblématiques en France et en Europe constituent une source précieuse d’enseignements pour qui souhaite intégrer un mur Trombe dans un projet. La médiathèque Théodore‑Monod à Betton, par exemple, combine une façade sud vitrée peu émissive, une serre plantée et un mur en terre crue de 45 cm. Calculé par un bureau d’études thermique, ce dispositif assure environ 25 % d’économie sur les besoins énergétiques annuels, tout en offrant un confort visuel et spatial appréciable pour les usagers.
Autre cas d’école : le gymnase de l’Europe à Brest, bâtiment basse consommation conçu avec un mur Trombe en béton de 40 cm, protégé par une paroi en polycarbonate et couplé à la VMC double flux. Ici, le mur ne chauffe pas directement le volume sportif, mais préchauffe l’air neuf de ventilation, ce qui réduit significativement la puissance nécessaire au traitement d’air. Ce type d’usage illustre bien comment le solaire passif peut s’intégrer dans des infrastructures publiques à grande échelle.
À l’échelle européenne, plusieurs projets de logements sociaux et de bâtiments universitaires en Allemagne, en Espagne ou en Scandinavie ont expérimenté des variantes : murs Trombe composites préfabriqués, intégration de matériaux à changement de phase, régulation intelligente des clapets en fonction des prévisions météo. Ces retours montrent que, si le principe de base reste simple, la performance dépend fortement de la qualité de la conception bioclimatique globale et de la pédagogie auprès des occupants.
Optimisation saisonnière et régulation automatisée des apports solaires
Un mur Trombe performant en hiver peut devenir gênant en été s’il n’est pas correctement régulé. L’optimisation saisonnière consiste à adapter le fonctionnement du mur capteur solaire aux conditions climatiques et aux besoins des occupants. En hiver, on cherche à maximiser les apports solaires passifs ; au printemps et à l’automne, on veut éviter les surchauffes en mi‑saison ; en été, on priorise la protection solaire et la ventilation nocturne pour rafraîchir la masse thermique.
La mise en place de protections mobiles (volets extérieurs, stores, brise‑soleil orientables, végétation caduque) est donc indispensable, tout comme l’automatisation des clapets d’air. Des capteurs de température et d’ensoleillement peuvent piloter l’ouverture et la fermeture des volets et des ouïes : par exemple, clapet supérieur ouvert et inférieur fermé la nuit d’été pour évacuer l’air chaud, ou fermeture complète en hiver la nuit pour conserver la chaleur. Ce pilotage peut être intégré à un système domotique ou à la GTB d’un bâtiment tertiaire.
En combinant ces stratégies de régulation avec une bonne ventilation naturelle ou mécanique, on parvient à exploiter au mieux le mur Trombe sur l’ensemble de l’année. Le système, loin d’être figé, devient alors un véritable organe climatique du bâtiment, capable de moduler ses échanges avec l’extérieur. Pour vous, maître d’ouvrage ou occupant, l’enjeu est clair : transformer un principe centenaire en un outil moderne de résilience énergétique, simple à entretenir, peu coûteux et particulièrement adapté aux défis climatiques actuels.
